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Les enjeux de la lutte contre les désordres de l’information en 2026

L’année 2025 a été marquée par une répression croissante envers la liberté de la presse, mais aussi par une mobilisation des acteurs et actrices de la lutte contre les désordres informationnels lors des périodes électorales.

ODIL examine les enjeux clés dans la lutte contre les désordres de l’information, en mettant l’accent sur la collaboration entre acteurs et les défis des acteurs de la lutte contre les désordres informationnels à l’ère de l’intelligence artificielle générative. L’objectif : se réinventer pour toucher un public toujours plus large et connecté.

Un contexte fragile. Fin 2025, l’administration Trump a annoncé vouloir restreindre la délivrance des visas pour les vérificateurs de faits et les modérateurs de contenus. Cette nouvelle atteinte à la liberté de la presse a provoqué une vive réaction du Réseau international de la vérification des faits (IFCN), qui s’en est inquiété dans un communiqué (disponible en français sur le site de Balobaki Check). L’organisation a notamment rappelé que « la vérification des faits relève du journalisme » et que « ce travail renforce le débat public, il ne le censure pas ». Ces répressions politiques (qui ont cours dans d’autres pays du monde, comme la Hongrie) s’accompagnent bien souvent de pressions financières : selon le dernier rapport de Reporters sans frontières, elles ont atteint un niveau critique, rendant difficile l’exercice du métier de journaliste partout dans le monde. Les conséquences sont très concrètes : par exemple, en République centrafricaine, le média de vérification des faits Centrafrique Check a dû renoncer à certains projets et à l’agrandissement de son équipe après la suspension de l’aide internationale américaine (USAID).  

Des collaborations nécessaires. Pour Britney Ngalingbo, cofondatrice de Centrafrique Check, il devient alors essentiel de nouer des partenariats « avec des organisations locales et internationales indépendantes afin de permettre la mutualisation des ressources, d’assurer la continuité des publications et aussi d’accroître la visibilité pour attirer des nouveaux soutiens financiers ». Dans un épisode de notre podcast consacré aux coalitions de vérificateurs de faits, le journaliste ivoirien Cédric Barnet Tchapo, membre de la Plateforme africaine des vérificateurs francophones (Paff) et de la Coalition Anti Dohi, un groupe créé à l’aune de l’élection présidentielle ivoirienne, abonde : « Cela permet de dépasser toutes ces façons de museler les journalistes et d’être lus ». Sur le continent africain, les radios communautaires restent le média le plus écouté : celles du réseau Radio Rurales Internationales (RRI) coopèrent avec leurs auditeurs, avec les leaders communautaires ou entre elles, traversant les frontières. Du côté de l’éducation aux médias et à l’information, le REFEMI, créé en 2024, s’est réuni pour la première fois en 2025 afin d’établir un référentiel commun. À la même période, les régulateurs francophones se sont réunis sous la coupe du REFRAM. Nos articles sur les porteurs de projets de jumelages d’initiatives en lutte contre les désordres informationnels ont aussi permis de souligner ce que ces coopérations apportent en termes de partage d’expérience et de compétences.

Monter en compétence. Pour contrer les fausses informations qui pullulent en ligne et hors ligne, il faut s’armer. En 2025, le centre de ressources d’ODIL s’est enrichi de formations techniques pour la recherche d’image inversée, pour intégrer les outils d’intelligence artificielle générative à son travail d’enquête, ou encore pour réussir une géolocalisation en sources ouvertes. Que l’on traite ou non de sujets sensibles, se former à la sécurité numérique est aussi essentiel. En 2026, ODIL va proposer encore plus de formations pour enrichir ce socle de connaissances.

L’importance de la régulation. En 2025, la Commission européenne a émis sa première sanction en vertu du règlement sur les services numériques (DSA) : une amende de 120 millions d’euros pour le réseau social X pour avoir enfreint ses obligations de transparence envers ses utilisateurs. D’autres enquêtes envers les plateformes détenues par Meta (Facebook, Instagram) et contre le réseau social TikTok concernant la dissémination de désordres informationnels sont aussi en cours. Lors de leur premier forum de dialogue, les régulateurs membres du REFRAM ont émis un plan d’action pour les deux prochaines années qui prévoit notamment la création d’un comité de contact pour fluidifier les échanges entre régulateurs et plateformes, la promotion d’actions d’éducation aux médias et l’organisation de sessions d’information et de formation. Si ces actions sont essentielles pour protéger l’intégrité de l’information et la démocratie, elles sont encore peu connues du grand public : c’est pourquoi ODIL se fera un vecteur de la vulgarisation des concepts ayant trait à la régulation afin de les promouvoir auprès du plus grand nombre.

Se réinventer. En 2024, le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, annonçait vouloir mettre fin aux partenariats entre Facebook et les vérificateurs de faits. Sur le réseau social X (ex-Twitter), les notes de la communauté, d’une qualité variable, ont remplacé les réponses des journalistes aux informations fausses ou erronées, et les pastilles bleues à côté des pseudonymes ne garantissent plus la fiabilité d’un compte. Se pose alors la question de la stratégie à adopter sur les grandes plateformes : certaines initiatives ont par exemple pris la décision de quitter X et de migrer vers des supports jugés plus vertueux, comme Bluesky ou Mastodon. Les grandes plateformes préfèrent mettre en avant les contenus viraux et faisant appel aux émotions : les acteurs de la lutte contre les désordres de l’information doivent alors se montrer créatifs pour conserver et accroître leur visibilité. Basé en République démocratique du Congo, le média Balobaki Check a par exemple lancé son infolettre sur WhatsApp. Certains de ses contenus sont aussi adaptés en podcasts et diffusés en langues locales, et font parfois l’objet de collaborations ponctuelles avec des influenceurs. Ces derniers peuvent être des porte-parole très efficaces de la vérification des faits à destination des jeunes audiences, à condition que leurs intérêts commerciaux ne contredisent pas la déontologie journalistique. 

Lutter contre les campagnes de désinformation coordonnées. Les FIMI (acronyme pour ces campagnes) ont évolué en 2025, en s’appuyant notamment sur les grands modèles de langage (LLMs). En mars 2025, la société finlandaise Check First et l’organisation américaine DFRLab se sont intéressées au réseau Pravda : des centaines de sites d’actualités qui relaient des contenus provenant de sources d’information russes, de réseaux sociaux et de chaînes Telegram, et dont le contenu a servi de source pour des LLMs, pour certains articles de l’encyclopédie Wikipédia et pour des notes communautaires sur X (ex-Twitter). L’intelligence artificielle a aussi servi à renforcer l’opération Overload, en lui permettant de multiplier les contenus à grande échelle et d’imiter davantage de personnes et d’institutions, comme des universités. L’Afrique francophone est un terrain idéal, comme l’a montré l’enquête TruthAfrica menée par l’association polonaise Pravda et l’organisation panafricaine Code for Africa. Selon le chercheur burkinabè Harouna Drabo, les commanditaires de ces opérations profitent de difficultés déjà existantes sur le terrain, comme les tensions communautaires ou les différends diplomatiques avec l’Occident. Interrogé sur le sujet dans un épisode d’ODIL Le Podcast, il plaide pour « une réponse structurée, multisectorielle et transversale » qui implique non seulement les médias mais aussi la société civile et les pouvoirs publics. 

S’intéresser à l’écosystème de la désinformation. Quels sont les effets des désordres de l’information sur la société civile ? Qui sont les acteurs qui pilotent les campagnes de désinformation coordonnées ? Et à l’inverse, qui sont les personnes les plus à risque d’y adhérer ? Certains chercheurs se sont penchés sur ces questions, avant de présenter leurs conclusions au plus grand nombre. Une étude de la Fondation Descartes, menée par le chercheur Laurent Cordonier, porte par exemple sur l’impact de la propagande sur l’opinion publique française. « Les pays qui utilisent des ingérences informationnelles (…) n’arrivent pas à faire basculer l’opinion générale de la population », explique-t-il, mais les utilisateurs « qui passent le plus fréquemment par les réseaux sociaux pour s’informer sur l’actualité internationale sont en moyenne plus favorables que le reste de la population aux récits russes ou chinois, par exemple ». S’intéresser à ces sujets a aussi un coût : les experts doivent faire face à des pressions psychologiques et financières de leurs sujets d’étude. C’est le cas du chercheur Maxime Audinet, qui souhaite voir apparaître des mesures de soutien au niveau international. 

Ne pas oublier les sujets spécifiques. Environnement, santé, femmes, minorités sexuelles, ethniques ou religieuses… Les désordres de l’information visent souvent des sujets ou des catégories de personnes spécifiques. Des solutions émergent néanmoins pour contrer ce phénomène. En 2025, la COP30 a été l’occasion pour une douzaine d’États de signer la Déclaration sur l’intégrité de l’information en matière de changement climatique. Au niveau de la société civile, les consciences sont aussi en train de bouger : par exemple en Tunisie, où « le chemin de la sensibilisation est efficace mais prend du temps » selon la militante et journaliste Mayssa Sandli. Pour les professionnels de la vérification des faits, démystifier le journalisme scientifique pour en maîtriser les bases devient alors essentiel. 

Nous traitons de ces sujets cruciaux chaque jour sur nos comptes Facebook & X, sur notre chaîne WhatsApp et également dans notre infolettre hebdomadaire. Pensez à nous rejoindre sur ces plateformes ! 

(Crédits image : visuals / Carlos PX / Unsplash)

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