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Éduquer les plus jeunes aux médias et à l’information : le plus tôt sera le mieux

À quelques jours de la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information (EMI), nous avons reçu dans ODIL le podcast trois spécialistes du domaine, respectivement du Québec, de la République démocratique du Congo et de Finlande.

L’occasion d’en apprendre plus sur les différentes formes que peut prendre l’EMI : une initiative bénévole des journalistes au Québec, une structure rattachée à un média de fact-checking en RDC et un programme intégré dans les écoles en Finlande.

Le bon canal, pour parler au bon public. Ce grand principe de la communication a été appliqué par la CongoCheck Academy, le projet d’éducation aux médias issu de la structure de vérifications de faits africaine éponyme. La CongoCheck Academy a été créée en partant de ce constat : « le fact-checking n’était pas suffisant », selon Sammy Mupfuni, le directeur général de CongoCheck depuis 2018. Le volet éducation aux médias de l’entité de fact-checking a été lancé en 2020 en République démocratique du Congo : « jusque-là, on a fait des formations avec des étudiants, des journalistes, des membres de la société civile, et voilà, on continue et on veut intensifier les activités en ligne et hors ligne »

La Finlande, meilleur élève dans le bonheur… et dans l’EMI

En Finlande, l’éducation aux médias et à l’information est intégrée aux programmes dans les écoles. Kari Kivinen est responsable du développement de l’éducation aux médias à Faktabaari et maître d’œuvre du Digital Information Literacy Guide. Il a travaillé en écoles internationales en Finlande, au Luxembourg et en Belgique, et se concentre particulièrement sur la diffusion de la culture des médias et de l’information numérique au sein des écoles. Dans le pays nordique, les enfants ont accès très jeunes à la technologie. Une raison de débuter le plus tôt possible l’EMI selon Kari Kivinen : « selon nous, si on commence seulement à 7 ans, c’est un peu trop tard. On doit débuter plus tôt. » 

Selon les chiffres de l’OSCE, la jeunesse finlandaise est la plus résiliente à la désinformation « on doit travailler avec eux depuis leur plus jeune âge pour développer leur sens de consommation sélective et critique […] L’éducation aux médias est bien intégrée dans le curricula. Tous les profs ont l’obligation de travailler avec ça »

Kari Kivinen, Faktabaari

Au Québec, des journalistes bénévoles se rendent dans les écoles

Au Québec aussi, l’EMI se fait une place dans les écoles. Comme au travers de l’action du CQEMI, le Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information, ce « catalyseur des initiatives en éducation aux médias et à l’information conçues et offertes par des journalistes professionnels et des médias québécois ». Line Pagé, panéliste de ce podcast en est la présidente. Pour elle, le bon format est primordial pour aller parler aux enfants de désinformation. Les journalistes et formateurs du CQEMI utilisent le quizz –une forme d’apprentissage ludique donc– pour apprendre aux élèves à déceler des fausses nouvelles. L’initiative portée par « environ 70 journalistes bénévoles » remporte du succès : « depuis 2018, on offre à peu près 300 formations dans les écoles par année et on a l’impression qu’on pourrait faire beaucoup plus, mais c’est sûr que c’est toute une organisation », explique Line Pagé, qui a travaillé 35 ans à Radio Canada. Elle poursuit : « On a vraiment senti qu’on répondait à un besoin parce que dès le départ, on a été débordé par les demandes des enseignants ». Mais les activités du CQEMI ne s’adressent pas qu’aux plus jeunes.

L’importance de l’EMI pour les publics plus âgés

La structure a organisé aussi des ateliers dans les bibliothèques pour les adultes : « Ce qui est intéressant, c’est que cette même présentation qu’on a offerte aux jeunes, on a aussi fait des essais dans les bibliothèques publiques envers des publics plus âgés et tout dépendait de la façon dont le journaliste s’adressait aux gens. Ça marchait aussi bien. »

Le public adulte, voire sénior, est également une priorité pour le spécialiste finlandais Kari Kivinen : « on travaille beaucoup avec les bibliothèques, les bibliothécaires, l’institution de l’enseignement adulte, on organise plein de choses aussi pour les personnes plus âgées. Le problème est que les personnes qui sont les plus vulnérables ne viendront pas pour apprendre », a t-il tempéré.

Les intervenants ont également apporté leur analyse sur la question des tentatives d’ingérence étrangère dans la politique d’un pays. Sammy Mupfuni et Line Pagé s’accordent à dire que l’EMI a un rôle crucial à jouer en période électorale. Kari Kivinen a également insisté sur l’importance de la régulation dans le cadre de la lutte contre la désinformation : « Quelles sont les méthodes les plus efficaces possibles pour faire le travail contre la désinformation ? On a besoin de régulation. Actuellement, n’importe qui peut diffuser n’importe quoi sans aucune conséquence.»

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