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L’information est aussi un besoin humanitaire

Les conflits armés et les catastrophes naturelles favorisent l’émergence des désordres informationnels, qui peuvent avoir des conséquences délétères pour les civils et pour les volontaires venus leur porter secours. Cette problématique a fait l’objet d’un récent rapport de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC).

Entre 2020 et 2024, les catastrophes ont affecté près de 700 millions de personnes dans le monde. Plus de 105 millions de victimes ont été déplacées et plus de 270 000 décès ont été décomptés. Ces chiffres préoccupants sont tirés du dernier rapport de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge paru en février 2026. Son autrice, Charlotte Lindsey-Curtet, s’est penchée sur un phénomène qui touche systématiquement les opérations humanitaires depuis plusieurs années : les désordres informationnels.

Le rapport explore à la fois “les conséquences pour les organisations humanitaires à répondre au besoin humanitaire […] et l’impact sur les personnes qui sont affectées par ce type de crise”, explique Charlotte Lindsey-Curtet. Entre 2018 et 2020, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo a porté avec elle son lot de désinformation. “De nombreuses rumeurs ont affirmé qu’Ebola a été inventé à des fins politiques ou financières, ou que les centres de traitement étaient la source de la contamination”, se souvient l’experte. 

Ces rumeurs ont engendré des attaques contre les centres de traitement et les équipes de santé, la suspension temporaire des activités”. Des personnes malades ont aussi refusé d’être soignées. En Espagne, alors que Valence était sous les eaux en 2024, les bénévoles de la Croix-Rouge ont là aussi été visés par des attaques informationnelles : “Il y a eu des rumeurs disant que la Croix-Rouge espagnole n’était pas présente, que les photos étaient falsifiées, que l’argent récolté n’était pas utilisé pour les personnes impactées par l’inondation mais pour les victimes en contexte international comme à Gaza ou en Ukraine”, rappelle Charlotte Lindsey-Curtet.  

Un risque comparable à l’insécurité physique 

Plusieurs types d’acteurs peuvent être à l’origine de ces désordres informationnels : “Les individus qui relaient la rumeur de bonne foi, les acteurs politiques, les groupes armés, ou des criminels qui cherchent à instrumentaliser la crise humanitaire.” Mais aussi “les influenceurs locaux” ou encore “le réseau transnational.” Charlotte Lindsey-Curtet souligne que “les désordres informationnels ne sont pas toujours le fruit d’une campagne orchestrée.”

Face à l’ampleur du phénomène, le rapport prône une réponse systémique. Les désordres informationnels ne sont pas seulement “un enjeu de réputation ou de communication, mais un risque vraiment opérationnel comparable à l’insécurité physique, à la contrainte logistique ou au risque sanitaire”, rappelle Charlotte Lindsey-Curtet. Les ONG peuvent s’appuyer sur des acteurs locaux, comme les radios communautaires, “qui peuvent vraiment aider les organisations humanitaires à comprendre et communiquer correctement avec la communauté impactée par une crise”. Selon elle, “l’accès à l’information est tellement important dans les prises de décisions, pour sauver des vies, que c’est absolument nécessaire que cette information soit crédible, fiable et accessible pour les populations.” 

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