Entretien

Vincent Couronne, des Surligneurs

Un entretien enregistré le 24 août 2021, publié le mercredi 20 octobre 2021

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« Nul n’est censé ignorer la loi », surtout pas un personnage politique qui participe au débat public. Pourtant, c’est le coeur du travail des Surligneurs : vérifier la conformité au droit des propos tenus par les personnalités publiques. Ce ne sont pas des faits qui sont vérifiés, mais la dimension juridique des affirmations : c’est le legal-checking.

Les Surligneurs est une initiative née en 2017, en réaction à la montée de la désinformation lors de l’ère Trump et à l’approche des élections présidentielles française. Derrière les articles de legal-checking de ce média en ligne se cachent majoritairement des chercheurs de l’Université Paris Saclay, de précieux étudiants qui assurent une veille quotidienne sur les discours politiques, et quelques avocats. Tous juristes, ils s’attachent à « remettre le droit au cœur du débat public, à une époque où l’État de droit est dangereusement malmené », en utilisant le procédé journalistique de fact-checking.


Leur démarche est scientifique, leur verdict, sans appel. Les Surligneurs confrontent les propos des personnalités publiques (élus, candidats, et toute personne participant au débat public) aux textes de lois, les nuancent, les corrigent, ou les infirment. Une démarche qui leur permet une rapidité d’action supérieure aux vérificateurs de faits, puisque les ressources -les textes de lois- sont écrites noires sur blanc et disponibles partout, tout le temps.

Ce travail demandé néanmoins une expertise pour savoir ou et quoi chercher, afin d’assurer l’efficacité et l’acuité de leur réponse. Expertise dont ils disposent, au vu de leur statut de juriste, et qui leur assure un positionnement tout particulier. En effet, Les Surligneurs disposent de partenariats avec des rédactions de vérification de l’information établies (CheckNews, Les Décodeurs du Monde, France Télévisions) qui les utilisent comme ressource, à l’heure ou la formation des journalistes sur les questions juridiques est très limitée. 

Si cette confiance de cellules de vérification de l’information importantes de médias est signe d’un professionnalisme certain et d’une grande fiabilité, Les Surligneurs ont également la volonté de rendre accessible la culture juridique au plus grand nombre. L’initiative attache également une importance toute particulière à la transparence et l’objectivité de son propos, en confrontant des personnalités politiques de tous bords. 

Leur démarche unique dans la Francophonie, ainsi que la qualité de leur travail leur a valu le statut de signataire de la charte des principes de l’International Fact Checking Network.


Entretien 

Nelly : On a le plaisir aujourd’hui d’accueillir Vincent Couronne, co-fondateur et directeur de la publication des Surligneurs. Les Surligneurs, c’est un média en ligne qui a été fondé en 2017 qui réalise du legalchecking. Est-ce que vous pouvez nous expliquer Vincent ce qu’est le legal-checking ?

Vincent : Le legal checking est une pratique qui commence à émerger dans le domaine du fact-checking. Elle consiste à faire, non pas la vérification des faits, mais de la vérification du droit. Plus précisément lorsque, par exemple, une personnalité politique va, dans son discours, faire une promesse une proposition politique spécifique on va vérifier si c’est conforme ou pas au droit, et non pas conforme aux faits comme le font les fact-checkers.

Par exemple si un candidat à la présidentielle propose de ne plus accueillir les demandeurs d’asile, on explique pourquoi la Convention de Genève ou les directives européennes ne permettent pas juridiquement de faire cela. Ou alors ce que, par exemple des personnes affirment dans le cas de la crise du Covid, que les gendarmes ne sont pas soumis à l’obligation vaccinale parce que la Constitution etc … Nous on dit que si, ils sont bien soumis à l’obligation vaccinale parce que la loi le prévoit, parce qu’il y a des décrets d’application, etc … 

Guillaume : Parce qu’ils sont militaires et que les militaires doivent se faire vacciner. 

Cette initiative est originale, en tout cas en France. À votre connaissance êtes-vous les seuls à faire ça en français ou en France ?

Vincent : On est les seuls à le faire en français ça c’est une certitude. En anglais, en 2018, un peu après nous, (je ne dis pas ça pour dire que nous sommes les premiers) il y a une initiative du barreau américain (donc l’ordre des avocats des Etats-Unis) qui a créé un site pour faire un petit peu de legal checking. Mais ce n’est pas du tout la même dimension que ce que nous faisons aux Surligneurs, c’est beaucoup plus fait entre les avocats, sans la démarche journalistique.

Mais sinon oui, on est les seuls à faire du legal-checking. Quand on s’est lancés, on a même des reportages qui ont été faits sur nous en Corée, au Canada, au Japon parce qu’ils ne connaissaient pas cette pratique, qui est en fait assez nouvelle.

Guillaume : Alors quand vous dites « on », qui est derrière Les Surligneurs ?

Vincent : Oui, c’est vrai qu’on va essayer d’être le plus factuel possible, ce serait plutôt une bonne chose pour des fact-checkers. Derrière ce « on » il y a pas mal de monde en fait. Il y a un petit groupe d’abord : moi qui suis directeur de la publication où je suis épaulé par un directeur de la rédaction, Jean-Paul Markus, et ensuite des rédacteurs en chef par thématiques : Europe, criminalité, etc … 

Catégories de vérification (Source: site lessurligneurs.eu Sept 2020)

Guillaume : Tous ont des formations de juristes ?

Vincent : Ils ont tous des formations de juristes. L’idée c’est que tous les Surligneurs sont tous des juristes, de préférence chercheurs en droit donc chercheurs de l’université. C’est pour nous le meilleur moyen d’éviter les conflits d’intérêts. On a quelques avocats qui écrivent pour nous mais systématiquement leurs travaux sont relus, retravaillés par des chercheurs. On s’assure d’être dans une démarche de transparence qui évite les conflits d’intérêt, et de toute façon notre charte déontologique nous y oblige. Tout le reste, ce sont des gens qui interviennent de manière ponctuelle. Dans toutes ces personnes, il y a un cercle de 15-20 d’entre elles qui sont assez investies, et après 150 personnes qui vont intervenir trois ou quatre fois par an, pas plus.

Et puis on a aussi beaucoup d’étudiants en droit, des étudiants de Master, qui apprennent via l’éducation aux médias à repérer ce qu’il y a de juridique dans le discours politique. Ils nous aident à détecter dans le discours politique les différents propos des politiques qu’on pourrait surligner. Ils nous aident de manière encadrée par les enseignants et les chercheurs et vont ensuite rédiger des articles.

Guillaume : Oui, je me disais que c’était le travail pratique par excellence que les étudiants fassent ça. Est-ce qu’ils arrivent à le faire rapidement ? Quel est le délai que vous prenez pour vérifier ? Parce qu’on sait qu’un des problèmes dans le monde de la vérification, c’est qu’on peut mettre une semaine, 15 jours à vérifier un fait. Là vous êtes sur la parole publique politique qui est très liée à l’actualité et qui donc va demander à être confirmée ou infirmée rapidement…

Vincent : La réactivité c’est sûr que c’est une exigence dans notre métier. Nous avons un avantage et un inconvénient.

Je vais commencer par l’inconvénient c’est qu’on n’a quasiment pas de journalistes à temps plein qui sont donc consacrés exclusivement au fact-checking aux Surligneurs. Ce sont essentiellement des auteurs externes qui rédigent. C’est une contrainte un peu parce que même si ce sont des gens qui font notre métier (ils sont chercheurs ou étudiants encadrés par un chercheur) ça prend du temps. 

L’avantage maintenant, c’est qu’on n’a pas besoin d’enquêter quand on rédige les articles. L’avantage du droit c’est que tout est disponible en ligne, tout est accessible au public.

Si vous voulez démontrer que ce que dit untel c’est contraire à telle loi, il suffit d’accéder à telle loi très rapidement sur LégiFrance ou sur Eurlex sur la base de données européenne et on a accès à tout. En réalité un article ça peut s’écrire en une demi-journée, maximum 48 heures si on a besoin si on a des débats entre nous, qu’on n’est pas sûrs … 

Nelly : D’où vient cette envie, pourquoi il y a eu cette nécessité de faire la vérification juridique?

Vincent : Parce que déjà c’est le prisme par lequel je réfléchissais. Quand j’ai eu cette idée là, en tant que juriste et chercheur j’analyse le discours politique, j’étais très intéressé par ce discours par le prisme du droit. C’est un regard plutôt naturel pour moi.

L’autre nécessité, c’est que je suis un grand consommateur de presse, j’en lis énormément et je ne voyais quasiment pas d’article dans la presse ou de la part des fact-checkers sur toutes ces erreurs juridiques que l’on pouvait lire. Et donc je me suis posé la question : comment se fait-il que l’on fasse du factchecking et pas du legal checking ? Pourquoi y a-t-il cet angle mort comme ça ? Une des raisons pourrait être de se dire que les journalistes ont très peu de formation juridique. C’est naturel en fait aller vérifier les faits mais sur le droit, ça demande une expertise un peu plus pointue … 

Guillaume : En tant qu’ancien journaliste, je peux vous dire qu’effectivement, on ne croisait pas dans les rédactions beaucoup de spécialistes de la chose juridique 

Vincent : Voilà, c’est la rencontre des deux qui a vu naitre la nécessité de créer Les Surligneurs

Je me rendais compte aussi, mais je n’étais pas du tout le seul, on était nombreux à se rendre compte de cette situation en 2017.

On était au moment où Trump était en train de monter aux États-Unis, on venait d’avoir le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni avec, on l’a vu, pas mal de fake news, de désinformation diffusées.

Il y avait en France des mouvements plus ou moins visibles, des campagnes de désinformation qui pouvaient nous inquiéter à l’approche de la prochaine présidentielle.

Je me suis dit que c’était l’occasion de faire quelque chose qui parlait plus de droit que des faits et d’essayer de faire en sorte aussi que les factcheckers eux-même fassent plus de legalchecking

L’idée c’est aussi que les factcheckers, comme les Décodeurs, comme Checknews, se mettent à faire du legal-checking

Nelly : On ne croise pas beaucoup de journalistes spécialistes de la question juridique dans les couloirs des rédactions comme le disait Guillaume.

Vous aviez une formation plutôt juridique que vous avez quand même adaptée à un terrain journalistique qui est la vérification d’information, une discipline journalistique qui demande une certaine rigueur et une certaine formation. Vous avez appris tout seul, vous vous êtes formé, vous avez appris à des gens, vous vous êtes inspiré de personnes, comment ça s’est passé ?

Vincent : Ça n’a pas été facile je dois bien vous l’avouer. C’est vrai que le métier de journaliste est un métier extrêmement difficile et qui requiert énormément de connaissances, de savoir sur les questions déontologiques et sur sur les questions de pratiques du métier.

J’ai eu beaucoup de chance parce que j’étais extrêmement aidé par par des journalistes avec qui on a travaillé. Quand j’ai lancé Les Surligneurs, on a travaillé avec le journal Libération, à l’époque la rubrique de factchecking de Libération avant CheckNews, IntoxDésintox, et puis avec Les Décodeurs du Monde … On a toujours été entouré en fait de journalistes, fact-checkers en particulier qui nous ont clairement appris le métier.

Il y a eu un autre élément qui nous a pas mal aidé, c’est qu’on a commencé à vouloir rejoindre différentes organisations qui réunissent les factcheckers, des journalistes etc … On a beaucoup appris sur des questions de déontologie, de transparence, de conflits d’intérêts, etc … On a adhéré, par exemple, il n’y a pas très longtemps à l’International Fact-Checking Network (l’IFCN). C’est un processus de mise en conformité en quelque sorte et d’apprentissage de ce qu’est le journalisme, et le factchecking en particulier. Aujourd’hui on considère qu’on a réussi à se professionnaliser, à vraiment réunir le monde du factchecking journalistique et le monde du droit …

Guillaume : Alors professionnaliser ça veut dire qu’il faut des moyens. Quand on utilise ces mots-là, c’est généralement qu’on a besoin de se demander d’ou vient l’argent. Vous avez déjà jeté quelques mots, comme Libération par exemple … Quand on va sur la page partenaires des Surligneurs on voit des partenaires institutionnels comme Université Paris Saclay et on voit effectivement des médias (M6, radio Nova, Libération, le Point et même la télévision nationale japonaise la NHK et France Culture). Est-ce que ce sont des partenariats? Est-ce que ce sont des échanges de bonnes pratiques, est-ce que l’université vous donne du temps pour travailler sur ce projet là? comment est-ce que vous réussissez à faire tourner la machine ? 

Médias et entités partenaires des Surligneurs
Entités partenaires des Surligneurs (Source : lessurligneurs.eu)

Vincent : L’université nous donne du temps, en effet. C’est vraiment le grand avantage qu’on a quand on est chercheur : on consacre notre temps de recherche à ce qu’on veut comme activité. Le directeur de la rédaction, Jean-Paul Markus, est professeur de droit à l’Université Paris Saclay et tout son temps de recherche est consacré aux Surligneurs. Il est en quelque sorte rémunéré en tant que chercheur pour travailler sur les Surligneurs avec l’indépendance qui est attaché aux chercheurs de l’enseignement supérieur. C’est plutôt un avantage pour nous.

Guillaume : C’est enviable. Il y a beaucoup de vérificateurs qui aimeraient pouvoir bénéficier de ce genre de position. Bravo 

Vincent : Exactement! C’est très confortable en fait pour les chercheurs qui font ça. Ça permet d’avoir une masse salariale extrêmement réduite parce que les gens qui travaillent et écrivent pour les Surligneurs sont en réalité payés par l’université 

Guillaume : Paris Saclay.

Vincent : Paris Saclay, essentiellement. Il y’a Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye aussi et puis d’autres universités : université d’Aix-Marseille, celle de Lille … qui participent un petit peu également. Les autres partenariats sont essentiellement à propos d’échange de bonnes pratiques, comme avec Les Décodeurs du Monde par exemple, ou avec France Info TV, sur certains aspects. On a aussi la chance de pouvoir avoir le soutien financier de l’université Paris Saclay qui nous aide via du budget pour nous développer. Encore une fois là où on a beaucoup de chance c’est que c’est l’université qui nous aide, c’est pas c’est pas une fondation c’est pas un parti politique

Guillaume : C’est une garantie d’indépendance

Vincent : Exactement. On est totalement indépendants sur notre ligne éditoriale.

Stabilo

Nelly : C’est parfait : comme on vient de parler un peu d’argent et de financement, je vais en profiter pour passer sur une question un peu plus matérielle. Quels sont les outils que vous utilisez ? Par exemple si j’imagine quelqu’un qui travaille aux Surligneurs et faire du legalchecking, j’imagine quelqu’un qui va lire un journal ou regarder la télé, repérer une affirmation de quelqu’un, une affirmation fausse d’une personne qui prend parti au discours public … J’imagine donc un Surligneur qui va aller voir dans son Code civil ou dans son texte de loi. J’imagine que la réalité est un peu plus complexe que ça. Quels outils vous utilisez pour vous organiser ?

Guillaume : ce qu’on veut savoir c’est : Est-ce que vous avez un gros stabilo ?

Nelly : Est-ce que vous avez un partenariat ?

Vincent : Alors on a essayé mais ils ont jamais répondu.

En fait c’est pas si loin de la réalité de ce que vous dites Nelly. On écoute les médias, la télé, la radio, la presse, on regarde aussi les communiqués de presse des différentes personnalités politiques etc. 

Guillaume : Avec un processus de veille qui est établi, avec des procédures de répartition des rôles pour la veille ?

Vincent: Exactement. C’est là que les étudiants sont extrêmement précieux car c’est eux qui font la veille. Ils sont notés même pour ça, à l’université, pour faire ce travail là

Guillaume : une belle source de motivation

Vincent : Ils ont pas mal de pression. Ils se partagent les différents médias. Ce qu’on leur demande de faire c’est que, en général, ils font ça en deux temps. Ils vont suivre des personnalités politiques, et ils vont d’abord suivre des personnalités politiques avec qui, a priori, ils sont en désaccord. Parce qu’on a plus de chance de trouver des éléments à redire sur des personnalités dont on n’est pas forcément proche, que les autres.

Dans un deuxième temps ils vont suivre plutôt des personnalités politiques avec qui ils sont plutôt d’accord. Ce qui leur permet ensuite d’apprendre comme ça l’objectivité et de comprendre aussi quels sont les biais auxquels ils font eux-mêmes face, et d’arriver à les démonter, à les déconstruire pour avoir un regard tout à fait objectif sur le discours politique.

Après une fois qu’ils font remonter des idées, soit eux, soit les chercheurs vont commencer par rédiger des articles les articles. Les articles se rédigent à plusieurs : il y a un auteur principal, et il y a ensuite derrière trois, quatre voire cinq relecteurs différents. Il y a des relecteurs de la même spécialité, et aussi de spécialité différente. S’il connaît pas forcément très très bien le sujet c’est intéressant qu’il le relise parce qu’il peut voir des choses qu’un spécialiste ne verrait pas.

Guillaume : Vous avez une démarche scientifique en fait : il y a une veille qui est là, assurée par un corpus d’étudiants motivé d’ailleurs à la note donc ça c’est très malin pour avoir une veille efficace. Vous en profitez pour les éduquer aussi en fonction des émotions qui sont provoquées par ce qu’ils peuvent lire ou entendre de la bouche les personnages politiques et puis ensuite il y a un collège d’examen.
Votre référence c’est la loi, elle est publique et connue de tous, là vous gagnez énormément de temps parce que vous n’avez pas à savoir si le soleil est exactement à 11h02, a provoqué cette ombre là sur la photo … Votre source de connaissances est très très fiable. Est-ce qu’il y a d’autres outils auquel on ne penserait pas et que vous utilisez, que ce soit des outils d’organisation, des outils informatiques qui vous sont utiles ou est-ce qu’on a fait le tour ?

Vincent : Alors les outils d’organisation très concrètement c’est essentiellement des Drive en ligne.

On travaille tous à distance. On a des locaux à Paris mais la plupart est répartie un peu partout en France et aussi en Belgique. Les outils qu’on utilise c’est beaucoup Signal avec les fils de discussions. On a également un outil interne une petite plate-forme interne, construite spécialement pour nous, qui nous permet de rapporter les propos des politiques, de rédiger des articles etc. Il y a cet outil-là qu’on a développé et on est en train d’en développer un autre avec l’Université Paris Saclay. Le laboratoire de recherche en informatique est en train de nous créer un outil qui va nous permettre de rechercher dans notre base de données tout ce qu’on a déjà écrit, tout ce qu’on a déjà cherché, De cette manière, dès lors que l’on rédige un nouvel article on a cette information qui nous remonte plus facilement. Une sorte de super moteur de recherche qui va beaucoup nous aider à accélérer le travail et l’intensifier.

Nelly : On n’a d’ailleurs pas précisé au début de ce podcast que les Surligneurs agit principalement sur l’échiquier politique français 

Vincent: Oui mais avec une petite information qui est quasiment exclusive : on va lancer Les Surligneurs en Belgique 

Nelly: Félicitations.
La question qui me taraude l’esprit c’est que vous disiez tout à l’heure qu’un étudiant choisit une personnalité politique avec laquelle il n’a pas forcément d’affinités. Sur l’échiquier politique est-ce que la désinformation légale elle penche plutôt d’un côté plutôt de l’autre?

Vincent : Clairement ce sont les partis, on va dire d’extrême-droite, mais pour une raison simple -en tout cas ça s’explique du point de vue du droit. C’est que, si on pense au Rassemblement National par exemple, c’est un parti politique qui conteste les institutions telles qu’elles sont aujourd’hui. Il conteste aussi beaucoup des règles de vivre ensemble démocratique, telles qu’on en a aujourd’hui. Je parle de la question du droit d’asile, je parle de la question des droits sociaux, du droit des étrangers, etc…

L’extrême droite a des positions radicalement différente que celle du consensus qui s’est construit depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale en Europe et dans les pays occidentaux. Forcément toutes ces règles qu’on a construit depuis 1945, pour un grand nombre d’entre elles, le Rassemblement National s’y oppose. Il entre en contradiction avec notre Constitution, avec la Convention Européenne des Droits de l’Homme etc. Ce qui est assez intéressant, c’est que c’est de moins en moins de cas c’est-à-dire que le Rassemblement National diffuse de moins en moins de désinformation par exemple sur les questions européennes. Nous l’avons observé très clairement à partir du moment où Marine le Pen à renoncé à sortir de l’Union Européenne, ou ensuite à renoncé après le débat présidentiel de 2017 à sortir de la zone euro et a renoncé il y a quelques mois à sortir de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Maintenant il y a un discours du Rassemblement National qui diffuse beaucoup moins de désinformation sur ces sujets, simplement parce que ils ont accepté ces corpus juridiques.

Guillaume : Ils se font aider par certains de vos collègues juristes qui ont rejoint leurs rangs pour les aider à formuler leur discours ? Est-ce que c’est quelque chose que vous avez senti c’est plus préparé légalement ?

Vincent : Plus préparé non, mais moins contestataire et moins sujet à dérapage, ce genre de choses. On peut tout à fait contester évidemment, mais avec raison et pas en faisant n’importe quoi. En revanche des juristes qui ont rejoint le Rassemblement National, on en a déjà Surligné aux Surligneurs parce qu’effectivement ils peuvent dire n’importe quoi.

Guillaume : Quel est le niveau de succès des Surligneurs depuis 2017 et la création de l’initiative ? Comment est-ce que vous le mesurez ? Est-ce que ça reste quelque chose qui circule bien dans des cercles de gens intéressés aux choses du droit ou est-ce que vous avez réussi à étendre votre audience vers des lecteurs qui n’appartiennent pas à votre monde ?

Vincent : Question difficile en fait parce qu’on a du mal à mesurer ça. Ce que l’on sait, ce qu’on voulait au départ s’était s’adresser au grand public et toucher essentiellement les non-juristes. On s’est rendu compte que c’était extrêmement difficile, quand on parle de droit, d’être accessible au grand public. Malgré nos efforts on s’est rendu compte qu’on était surtout accessibles aux juristes qui connaissent très bien aujourd’hui Les Surligneurs mais aussi aux journalistes qui ont l’habitude de comprendre des textes un peu complexes. Notre électorat, c’est beaucoup des journalistes et des juristes aujourd’hui même si on essaye d’avoir une démarche de plus en plus accessible et de l’élargir au public dans les mois qui viennent.

Guillaume : Ce que vous êtes en train de me dire, c’est que vous êtes malgré vous en train de devenir une ressource pour les rédactions. Vous simplifiez le discours de droit et c’est traduit pour le grand public, c’est ce que j’entends ?

Vincent: Exactement. C’est d’ailleurs ce qu’il se passe pour les médias avec lesquels on travaille. C’est ce qu’il s’est passé pendant un certain temps avec les Décodeurs du Monde : ils nous contactaient régulièrement, on leur fournissait notre analyse et eux la retranscrivaient avec leurs compétences de journaliste dans un texte accessible pour le lecteur

On devient presque une agence pour les journalistes qu’un média grand public. On essaye quand même encore aujourd’hui d’être accessible au grand public. Si on renonce à ça, on sait très bien qu’on va retomber dans les travers de complexité de jargon juridique qui est même difficile à comprendre pour les juristes parfois.

Nelly : Je pense que c’est un sacré défi auquel vous devez faire face et  vous adapter. Vincent vous nous avez parlé de votre projet en Belgique presque en exclu. C’est quoi la suite après pour les Surligneurs, où sont les Surligneurs dans un an ?

Vincent : C’est une bonne question. Difficile à savoir toujours dans ce milieu là … C’est toujours assez précaire, c’est pas évident, il faut motiver les troupes, trouver les moyens pour fonctionner. Malgré tout, ce qu’on espère dans un avenir proche, c’est de pouvoir déjà embaucher des journalistes.

On espère pouvoir dès le mois de janvier prochain recruter deux voir trois journalistes qu’est-ce qu’il y a à temps plein pour faire du fact-checking et du legal checking. Quand on aura réussi à faire ça, on voudrait s’étendre dans d’autres zones que les zones francophones. Là on se lance en Belgique en septembre mais on voudrait aussi se lancer en Allemagne, en Espagne, en Italie, un peu partout en Europe et tester Les Surligneurs d’autres langues.

Surligneurs qu’il faudra sûrement traduire parce que je pense pas que ça aie beaucoup de sens de s’appeler Surligneurs en italien, en allemand voire même en anglais. Déjà pour la Belgique on a eu quelques doutes parce qu’on parle plutôt de fluotteur mais on a gardé Surligneurs.

Guillaume : Vous parliez beaucoup du fait que, en prenant l’exemple du Rassemblement National, qu’il y’a eu une certaine prise de conscience qu’il disait peut-être un peu trop de bêtises et qu’ils ont policé leur discours. Est-ce que vous sentez votre utilité dans la manière dont les politiques s’exprime depuis 2017, est-ce que vous notez moins d’erreurs juridiques parce qu’ils savent que vous existez ou pas?

Vincent : Je vais être honnête avec vous, non. Je ne pense pas qu’on les dérange énormément dans les erreurs qu’ils font par simplement ignorance voire parfois les stratégies de désinformation comme on peut le voir par moment. Néanmoins, quand on s’est lancé on ne s’est pas dit « grâce à nous les politiques ne diront plus de bêtises en droit ou quoi que ce soit ».

Ce qu’on s’est dit en lançant les Surligneurs, c’est qu’on veut donner accès à des arguments politique pour contrer les arguments de ceux qui diffuse de la désinformation. Des arguments valables c’est-à-dire que si Emmanuel Macron commet une erreur sur le droit, ou Jean-Luc Mélenchon, ou Xavier Bertrand ou autre …

Xavier Bertrand Surligné


Xavier Bertrand par exemple, qui là est en campagne et à déclaré, il y a quelques jours dans la presse, qu’il voulait interdire le salafisme.

Le salafisme, c’est une opinion, une confession, on n’interdit pas ce que pensent les gens, la loi ne peut pas dire « vous n’avez pas le droit de penser ça, ce n’est pas possible ». On ne peut interdire que des actes, pas des pensées. Ce qu’on fait, c’est que quand on dit « Xavier Bertrand ne peut pas dire ça », enfin il peut le dire mais juridiquement il a tort, ça permet à ses opposants, que ce soit du côté des écolos, de La République En Marche, de lui opposer des arguments qui viennent de chez nous.

C’est là que c’est intéressant, ça permet d’améliorer qualité du débat public de cette manière là. C’est-à-dire qu’il va opposer les arguments raisonnables, fondés sur la raison à un argument qui est lui déraisonnable, émotionnel.