En 2025, l’Organisation internationale de la Francophonie a soutenu dix projets de jumelages d’initiatives francophones de lutte contre les désordres informationnels. ODIL a échangé avec les porteurs du projet « Stop à l’intox : l’influence au service de l’information responsable ».
À l’approche des élections générales de 2026 en Haïti, l’Institut Panos (Haïti) et le Centre d’études interdisciplinaires sur les médias haïtiens (Canada) ont mis en place plusieurs actions pour lutter contre les désordres informationnels dans le pays. Grâce au projet « Stop à l’intox : l’influence au service de l’information responsable », plus de 200 personnes ont été formées à ces enjeux et à la façon dont ils touchent l’espace informationnel haïtien. Au-delà de ces formations en présentiel et en ligne, un guide pratique à destination des journalistes et influenceurs haïtiens a aussi été finalisé, et une campagne de sensibilisation pour la jeunesse et le grand public a été lancée sur les réseaux sociaux.
Pour en savoir plus sur le déroulement de ce projet financé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ODIL a échangé avec Jean-Claude Louis, président de l’Institut Panos, et Wisnique Panier, cofondateur et directeur du comité exécutif du CEIMH.
En quoi consiste le projet ? À date, quels sont les résultats ?
Wisnique Panier : Au départ, c’est une initiative d’éducation aux médias et à l’information conçue pour renforcer la résilience des citoyens face à la désinformation et aux fausses nouvelles. Le projet a été lancé à Haïti et sa première phase a eu lieu à Québec, à l’université Laval, avec l’organisation d’un atelier pratique pour une vingtaine de membres du CEIMH. L’action a été répliquée en ligne via le Campus numérique Afrique-Caraïbes, où une centaine de participants se sont réunis pour une formation d’un mois. Ensuite, des ateliers ont été réalisés en Haïti et il y a eu une deuxième phase de formations en ligne. Il y avait aussi un autre volet : réaliser un guide pratique à l’usage des journalistes et influenceurs en Haïti. Nous avons enfin réalisé une campagne numérique pour la jeunesse contre les désordres de l’information, comme les fake news, la manipulation des images, l’IA et la désinformation politique. Cette campagne avait deux volets : d’abord, la production et la diffusion d’une série de vidéos de sensibilisation qui portent sur différentes formes de désordres de l’information. Ensuite, la mobilisation d’ambassadeurs de la campagne à travers la création de capsules audio sur les réseaux sociaux destinées à encourager le grand public à développer un regard critique face aux informations qui circulent.
Panos a l’expérience du terrain, nous avons l’expérience scientifique et académique. Ça a permis d’aboutir à des résultats concrets.
Wisnique Panier (CEIMH)
Jean-Claude Louis : Les résultats ont été au-delà de nos attentes et au-delà des objectifs du projet. Le guide que nous avons rédigé est un outil utile qu’on va continuer à promouvoir. Sur le terrain, les journalistes ont beaucoup apprécié la formation vu qu’ils n’ont pas souvent l’occasion d’en suivre. Plus de 200 personnes ont pris part aux séances en présentiel et en ligne. Des participants d’Afrique francophone y ont aussi assisté. Ces séances ont permis de mieux comprendre les enjeux liés à la désinformation et à la mésinformation. On aimerait pouvoir étendre le projet à d’autres régions d’Haïti, d’autant plus que nous sommes à l’approche des élections.
L’Institut PANOS a organisé, le 13 décembre à l’Université Laval (Québec), une formation sur le désordre informationnel au profit du CEIMH.
— Institut Panos (@panoshaiti86) December 17, 2025
30 journalistes,influenceurs et communicants ont été outillés en OSINT pourlutter contre la désinformation.
du projet “Stop à l’intox” pic.twitter.com/RpTkFUWc7G
Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler ensemble ?
JCL : L’un des objectifs de l’institut Panos est d’accompagner les journalistes et les sociétés et de permettre aux populations des Caraïbes de faire entendre leurs voix. On a formé plusieurs générations de journalistes et conduit plusieurs études sur les disponibilités de l’information. On est sortis du temps où les informations circulaient par camion : on est arrivés au point où les réseaux sociaux sont indispensables mais ça peut être à double tranchant. Maintenant, les gens partagent de la désinformation sans s’en rendre compte. Certains n’ont pas d’accès à l’éducation, ne savent pas lire et croient ce qu’ils entendent à la radio. Avec le CEIMH, on a vu que nos philosophies convergeaient. C’est pourquoi on s’est mis ensemble.
WP : Le CEIMH avait déjà une relation naturelle avec Panos. On avait déjà l’habitude de collaborer ensemble. Une grande partie des fondateurs du CEIMH sont d’anciens journalistes qui, avant de faire des études supérieures, ont été formés à l’institut Panos. Le CEIMH est une institution canadienne mais on travaille sur les médias haïtiens en Haïti et dans la diaspora. C’est ce qui a contribué au succès du projet : Panos a l’expérience du terrain, nous avons l’expérience scientifique et académique. Ça a permis d’aboutir à des résultats concrets.
La fracture numérique en Haïti est considérable et concerne aussi les journalistes : il a fallu qu’on se déplace pour ceux qui n’ont pas les moyens de suivre la formation en ligne.
Jean-Claude Louis (Institut Panos)
Avez-vous eu des difficultés pour mettre en œuvre ce projet ? Si oui, comment les avez-vous surmontées ?
WP : Les 100 ou 150 personnes qui ont rejoint les formations en ligne avaient parfois un accès différent aux outils techniques. Il faut répondre constamment aux sollicitations des personnes qui oublient leurs identifiants ou qui n’arrivent pas à se connecter. On a créé un groupe WhatsApp qui rassemble l’ensemble des participants (250-270 membres) pour régler les difficultés rapidement. Nous avons été obligés de prolonger de 15 jours la formation qui devait durer un mois pour permettre aux participants de réaliser les exercices. Gérer l’ensemble des participants a été un peu difficile mais on a été assez créatifs. L’expérience en ligne a vraiment permis de toucher un très grand nombre de personnes dans le pays et dans la diaspora. Il y avait aussi 7 à 8% d’étudiants d’Afrique francophone.
JCL : La fracture numérique en Haïti est considérable et concerne aussi les journalistes : il a fallu qu’on se déplace pour ceux qui n’ont pas les moyens de suivre la formation en ligne. Mais il est vraiment difficile de se rendre d’un endroit à l’autre. Comme les artères sont occupées par des gangs, on a dû prendre un hélicoptère pour aller de Port-au-Prince à Jacmel. Les journalistes sont restés très réceptifs. On espère trouver des fonds additionnels pour pouvoir répondre à toutes les demandes.
Quels conseils pourriez-vous donner aux organismes qui voudraient participer à l’Appel à projets ?
WP : Pour un organisme, c’est important de bien comprendre les objectifs du financement. On avait eu des réunions de planification entre les deux institutions pour s’assurer qu’on suit le plan initial et qu’on respecte scrupuleusement le budget. On essaie aussi de documenter nos activités et de laisser des traces numériques sur les réseaux sociaux. Il faut penser à innover et à profiter des avantages offerts par les outils numériques.
JCL : J’ai apprécié la réactivité de l’OIF. On avait un plan, mais la réalité du terrain était tout autre. Quand j’ai approché l’OIF pour leur expliquer qu’on devait faire des ajustements, ils ont répondu positivement. La flexibilité, c’est quelque chose qu’on demande très souvent aux bailleurs et aux organismes qui financent ce genre d’activité. Parce qu’avec la situation actuelle en Haïti, tous les coûts ont augmenté, et nous avons eu besoin de plus de carburant et de plus de jours de travail, ce qui occasionne des dépenses additionnelles.
Crédits photo : Institut Panos
Rejoignez les membres de l’ODIL et l'opportunité de prendre connaissance des autres initiatives de vérification et pourquoi pas de nouer de nouveaux liens !
En savoir plus