Entretien

Kévin et Wafa, de Kubiq News

Un entretien enregistré le 09 août 2021, publié le lundi 4 octobre 2021

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Kubiq news : un réseau social qui a vocation à être « un endroit sûr et sans fake-news » au milieu des tempêtes de désinformation qui circulent en ces temps d’infodémie. ODIL est parti à la rencontre de Kevin et Wafa, co-fondateurs de Kubiq News.

Kubiq News se revendique comme un « réseau social d’information collaboratif qui met en oeuvre l’intelligence collective pour construire une communauté mieux informée. »

Derrière l’idée, Kevin, son co-fondateur, n’est « ni journaliste, ni développeur » mais un « geek un peu exacerbé, un ancien hacker repenti » passionné par l’information. Avec son téléphone qui clignote de couleurs différentes en fonction des alertes médias qu’il reçoit (bleu pour BFM, jaune pour FranceInfo), Kevin a eu envie de concentrer l’actualité dans un réseau social fiable, une plateforme sur laquelle on s’informe pour, à terme, ne plus multiplier les applications d’actualité. 

Agréger du contenu grâce à la collectivité pour concentrer l’information fiable

Kubiq News est un réseau social reprenant les codes du genre, avec la possibilité de s’inscrire, de publier des posts, et d’échanger via une plateforme de messagerie avec ses contacts. Il rassemble aujourd’hui plus de 500 utilisateurs via son application mobile disponible sur Androïd (les versions iOS et la web app sont prévues pour septembre 2021). Le réseau social est un agrégateur de contenus proposé par les utilisateurs. Ceux-ci relaient des liens issus de site d’information vérifiés, et peuvent oeuvrer à différents niveaux, du simple lecteur à véritable relais d’information : « Notre objectif est de faire en sorte que l’information soit un droit inaliénable et que si on veut accéder à l’information, on ne doive pas payer pour avoir cette information là. » affirment Kevin et Wafa. Pour garantir ce droit d’accès à l’information, Kubiq News est gratuit et sans publicité.

Kubiq News repose sur cinq principes fondamentaux, avec des niveaux d’utilisateurs pour que l’intelligence collective puisse fonctionner de manière optimale. 

  1. Des utilisateurs certifiés font partie du « carré ». Ils relaient une information fiable et sont certifiés par un système de points attribués via un algorithme développé par les fondateurs de la plateforme. Eux seuls ont la possibilité de partager une information publiquement immédiatement.
  2. Chaque information doit être obligatoirement sourcée par un lien vers un média, un réseau social, ou associé à une photographie.
  3. Kubiq News comprend une base de données de médias, dont la fiabilité est déterminée par Kevin. Cette pluralité des médias garantit un accès à une information fiable.
  4. Des « sentinelles » font partie de la communauté et veillent à la qualité des posts et des commentaires grâce à une tour de contrôle, qui les avertit de chaque publication.
  5. Un algorithme vient aider les humains à garantir la fiabilité de l’information relayée en analysant les sources des liens postés. 

Entretien

Nelly: Pouvez-vous nous expliquer comment en êtes-vous venus à créer un réseau social sans fake-news ?

Capture d’écran du site kubiq.news (27/09/2021)

Kevin : Notre projet est encore émergent. Le défi que l’on essaie de relever (de créer un réseau social sans fake-news, ndlr) est assez exigeant et peut même parfois paraître utopique, surtout dans le domaine des réseaux sociaux. L’objectif de Kubiq News, c’est de pouvoir créer un endroit sûr, une plateforme sure pour une communauté éclairée. C’est pour cela qu’on met en place des outils au sein de Kubiq News qui sont comme des garde-fous nous permettant de véritablement atteindre notre objectif : créer une place sans fake-news.

Guillaume : Quand on parle de réseau social sans désinformation, quelle forme ça prend concrètement ?

Kevin : On a voulu vraiment faire de Kubiq News une plateforme proche de ce qui existe aujourd’hui avec Twitter, Facebook notamment … En changeant totalement de paradigme. Sur le support, il y a trois applications : une application Androïd déjà disponible, une application iOS en cours de développement, prévue pour la rentrée et une WebApp qui permet à tout un chacun d’accéder, via le site kubiq.me, aux notifications d’alertes en temps réels et aux posts de la communauté.

Guillaume : Ce qui permet de se connecter depuis un ordinateur, un téléphone, une tablette, on ouvre son navigateur et on va sur le compte kubiq.me et on se retrouve avec un compte utilisateur ?

Kevin : Absolument. On a voulu faire le choix d’une entrée dans l’application qui peut se faire sans inscription lorsqu’il s’agit seulement de consulter. A la rentrée, lorsque vous vous connecterez sur kubiq.me vous pourrez directement consulter les articles « à la Une », qui ont été sélectionnés par la communauté, avoir les alertes, et même recevoir des notifications en temps réel sans avoir été inscrits. En revanche, lorsque vous voulez mettre des publications, créer des posts, vérifier des news thématiques, ou profiter du réseau social (c’est à dire pouvoir avoir des membres au sein de votre réseau et communiquer avec eux), là il faudra s’inscrire.

Guillaume : Ce qui est revenu plusieurs fois dans ce que tu disais, c’est le côté collaboratif. Tu décris un scénario où l’utilisateur peut proposer lui-même des articles. Vous ne vous définissez pas comme une rédaction ?

Kévin: Cette question nous taraude depuis le début de Kubiq News, et c’est un sujet qui a été même au coeur des préoccupation de Twitter ou Facebook. Est-ce qu’on considère notre réseau social comme un réseau social comme Facebook l’a fait, c’est à dire en tant que plateforme ce qui ne nous engage pas sur la partie « ligne éditoriale » ou est-ce qu’on s’engage davantage en créant un média qui prend la forme d’un hébergeur d’autres médias ? 

On est un hébergeur de liens : on n’héberge pas d’articles, quasiment que des liens qui renvoient vers les sites. On n’a pas de publicité, c’est gratuit, et on ne veut pas faire comme Google : de l’argent sur le dos de la production des journalistes.

C’est pour ça que notre plateforme est gratuite et permet d’accéder directement aux articles sur les sites sans créer des webview, ce que font souvent les applications pour que les gens restent sur leur app. On a voulu changer totalement de paradigme.

Guillaume : pour rappel simplement une webview c’est lorsqu’on va cliquer sur un lien dans une application, on a une fenêtre de navigateur qui s’ouvre à l’intérieur de cette application pour rester à l’intérieur et être maître de la relation avec l’utilisateur plutôt que de faire en sorte que l’application soit quittée et qu’on se retrouve dans Safari ou Chrome sur le téléphone.

Kevin : Le travers des webviews est aussi qu’ils mettent des traqueurs pour connaître la façon dont vous lisez les articles et récupérer encore plus de données pour pouvoir vendre de la publicité. Je ne suis pas développeur, enfin je suis développeur autodidacte. J’ai appris à développer l’application Androïd, maintenant iOS, et avec Wafa l’application web en autodidacte. Maintenant que je sais développer, je sais pertinemment ce qu’on est capable de faire et c’est assez flippant de savoir tout ce qu’on peut savoir sur un utilisateur. C’est aussi pour ça que j’ai envie de faire tout le contraire de ce que font aujourd’hui les GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft, ndlr).

Nelly : Ca fait un peu rêver un réseau social sans fake-news, sans publicité et gratuit ça paraît être un idéal. Comment arrivez-vous à financer ce modèle là ?

Wafa : Concernant le business model, on s’est beaucoup posé de questions avec Kevin. Au début on voulait mettre de la publicité, ensuite on s’est ravisés, puisque notre leitmotiv était de ne pas polluer les personnes avec de la publicité. On a beaucoup réfléchi et on s’est dit que finalement c’était un réseau social d’information, que l’information était importante pour tous les publics. On a réfléchi à un business model qui permette de gagner de l’argent grâce aux informations locales. L’idée est de travailler avec des collectivités, des mairies etc, via un abonnement 

Kevin : un contrat, un marché public, 

Wafa : de pousser leurs propres informations en temps réel grâce à une alerte. Par exemple, concernant une ouverture d’un centre de vaccination dans une ville, la collectivité va pousser en temps réel « centre de vaccination ouvert de telle heure à telle heure ». Le but est de pousser et de mettre en avant les informations locales en fonction de la géolocalisation des utilisateurs. 

Guillaume : si l’on résume, vous êtes un agrégateur de contenu, vous ne faites pas de vérification vous-même mais vous sélectionnez des articles qui paraissent légitimes et ça va m’intéresser de savoir comment vous faîtes ça.

Vous avez un modèle de financement planifié qui est intéressant et original. Dans le monde de la lutte contre la désinformation, le gros problème est de savoir comment financer quelque chose qui coûte beaucoup d’argent. Vérifier de l’information, c’est quelque chose qui prend du temps, donc de la ressource humaine ; la diffuser de manière efficace prend également des ressources. Votre manière d’équilibrer cette équation là, c’est de dire « on ne produit pas le contenu mais on fait confiance à des gens qui font ça mieux que nous, en revanche on va l’exposer en leur proposant un accès à une communauté qui existe déjà et rajouter par dessus des clients qui vont vouloir diffuser leur propre information.» J’imagine que pour ces clients là aussi, et là on commence à toucher à la véracité de l’info, vous avez des critères, vous exigez que ce soit des gens reconnus, n’importe qui ne peut pas vous acheter de l’accès à vos utilisateurs ?

Kevin : Quand tu dis qu’on ne vérifie pas l’info, ce n’est pas totalement exact dans le sens où on a justement cinq piliers qui sont au coeur de nos préoccupations afin de s’assurer que l’information qui est sur Kubiq News soit véritable. Ce sont des gardes-fous, et c’est ce qui a permis que, depuis 2019, que l’application est en bêta, il n’y a jamais eu de fake-news sur Kubiq News. On a eu des articles de médias, comme l’AFP, qui ont fait de petites erreurs dans leurs articles, mais on a toujours été prudents et on les a pas mis dans Kubiq News.

Guillaume : donc vous vérifiez les vérificateurs ?

Kevin : Bien-sûr. Cinq axes :  

Utilisateur membre du «carré»
Capture d’écran de l’application (28/09/2021)

Le premier c’est que pour pouvoir donner une information visible, publique et immédiatement sur Kubiq News il faut être membre du carré : avoir le droit de faire un post public. C’est là où on change de paradigme par rapport aux réseaux sociaux classiques. Aujourd’hui vous vous inscrivez sur TikTok, Insta, n’importe quel réseau social, de prime abord vous pouvez déjà faire un post public. Ca a d’ailleurs causé des torts dramatiques, quand on pense à l’attentat en Nouvelle-Zélande où le terroriste a activé Facebook et fait un direct pendant huit minutes et que les modérateurs n’ont pas vu tout de suite ce direct, qu’il a tourné sur la plateforme. Cette personne a tué des musulmans dans une mosquée. Ca ne peut pas arriver sur Kubiq News.

Guillaume : Quand tu dis qu’il faut être membre du carré, qu’est-ce que ça veut dire ? Qui définit les règles pour être membre du carré ?

Kevin : Être membre du carré signifie que tu as une légitimité pour faire un post public : pour avoir cette légitimité, on a développé un système de points où si une personne relaie un post de qualité ou fait un bon commentaire, elle gagne des points. C’est un algorithme que j’ai développé. Au bout d’un moment, elle devient membre du carré et cela va apparaître sur son profil. 

Guillaume : Un système un peu comme à la Reddit ou l’utilisateur va voter?

Wafa : tout à fait

Kevin : exactement, avec des votes ainsi que moi et l’équipe de sentinelles qui vont voir quels membres ont un discours basé sur les arguments, ne font pas d’attaque ad hominem … Il a une charte à respecter pour chaque membre qui fait des posts, ils doivent valider cette charte là, c’est très visible. On doit respecter cette charte pour chaque post.

C’est le premier axe. Pour donner une information visible, publique et immédiate il faut être membre du carré.

Deuxième axe : toute information publiée sur Kubiq News doit être sourcée soit par un lien d’un média, soit par un lien d’un réseau social -le plus souvent Twitter, mais ça peut être aussi Youtube, soit via une photographie qui peut être importée directement dans l’application et, dernier recours, en citant une source précise dans le post. Je suis d’ailleurs assez étonné de la discipline des membres de la communauté qui sourcent tous leurs posts maintenant. C’est assez pratique pour nous puisque notre algorithme analyse les posts en temps réel. Quand vous faites un post sur Kubiq News, vous ne l’avez pas envoyé que l’algorithme est déjà en train d’analyser le lien. Si c’est Le Monde a priori ce sera fiable ou si c’est un média que nous avons dans notre base de données (car on a une base de données de tous les médias). Chaque fois qu’il y a un nouveau lien, j’ai une alerte sur mon téléphone qui m’informe qu’une nouvelle source a été ajoutée. Donc je mets simplement dans la nomenclature une note à cette source pour savoir si elle est fiable ou pas, et je regarde les articles sur le site. Comme ça, la fois prochaine, si quelqu’un poste un article depuis cette source, je n’ai pas a m’inquiéter. Ensuite, je pourrais directement contrôler la publication.

Guillaume: donc j’imagine que RT n’a pas le même score que Le Monde

Kevin : c’est ça et d’ailleurs le troisième axe : Kubiq News est un agrégateur de news, donc la pluralité des sources est un garde fou. Il y a vraiment de tout sur Kubiq News : il peut y avoir très bien des médias étatiques comme Sputnik ou RT, rattachés à la Russie, qui font une forme de propagande mais vont parfois mettre des articles vrais, justes et objectifs.

Simplement on n’est jamais objectifs dans le journalisme. Dans toutes les rédactions, souvent les articles sont vrais mais le plus dangereux n’est pas la vérité de l’article. Le plus dangereux, c’est le choix du sujet abordé, et de la façon dont il est abordé, l’angle de vue. C’est incroyable de voir que dans certains articles ce qui est indiqué est vrai, mais il y a un choix d’orientation qui peut manipuler l’opinion. Sur ça on est plutôt prudents. Sur la manipulation de la peur notamment : il y a des grands médias qui vont choisir de faire peur sur le Covid. Nous faisons attention qu’il n’y aie pas trop d’articles qui font peur mais au moins qui informent. C’est pas juste la vérité ou le fait que ce soit faux, c’est avoir un certain recul.

Tour de contrôle des sentinelles.
Capture d’écran de l’application (28/09/2021)

Pour ce faire, il y a un quatrième pilier, ce sont les sentinelles. Elles veillent au grain et s’assurent que toutes les publications soient de qualité. Elles ont une tour de contrôle où elles voient les posts et les commentaires arriver en temps réel. 

Guillaume : Vous avez une communauté de supers utilisateurs ou d’administrateurs si on compare ça au monde des forums …

Kevin : c’est ça.

Et enfin le cinquième axe : mettre l’intelligence collective et humaine avant l’intelligence artificielle. On met l’humain au coeur du dispositif. On aurait pu faire le choix de faire un robot qui crawl certains sites, comme certains font.

Guillaume : donc un robot qui va rapatrier les contenus de différents sites pour les mettre dans l’application 

Kevin : Exactement, de façon automatique, cela alimente du contenu, on n’a plus rien à faire mais cela comporte des risques. Le cinquième point est qu’on a créé un algorithme simple et efficient, il analyse les sources et identifie la qualité de chacune de ces sources. Par exemple si quelqu’un poste un lien Facebook, il ne peut pas être visible dans le carré et n’est jamais visible en public. Il peut être propulsé par la communauté. 

C’est aussi l’intérêt de la propulsion sur Kubiq News. Quand vous rentrez sur Twitter, vous faites un post, personne ne le voit et personne ne le verra jamais. Vous venez vous inscrire, vous faites un post : « Coucou les gars je suis sur Twitter », personne ne le verra.

Guillaume : Ce n’est pas réputé comme une source fiable avant d’être reconnu comme intéressant par la communauté donc propulsé sur la plateforme

Kevin : Twitter ne propulse rien du tout. À Kubiq News, c’est un autre choix. Celui de dire que si demain Nelly s’inscrit sur Kubiq News, elle met une information pertinente ou une alerte car il s’est passé quelque de grave en bas de chez elle. Si elle le met sur Kubiq News, et que c’est quelque chose de pertinent pour l’ensemble de la communauté, les sentinelles peuvent le propulser et c’est toute la communauté en France qui reçoit une notification.

Nelly : Je voulais te poser question concernant la fiabilité, puisque c’est intéressant de voir que vous avez un système pour labelliser différents médias et sources. Travaillez-vous avec des outils de labellisation telles que NewsGuard ou le Décodex du Monde, ce genre d’outils qui mettent des drapeaux verts quand c’est fiable et rouges quand c’est douteux?

Kevin : Pas du tout, on connaît bien. Je me suis amusé à balayer sur ODIL et j’ai vu que NewsGuard en français était inscrit.

On ne fonctionne pas sur le modèle qui vise à gagner de l’argent sur la vérification, ce n’est pas notre objectif. Notre objectif est de faire en sorte que l’information soit un droit inaliénable ; que si on veut accéder à l’information, on ne doive pas payer pour avoir cette information là. En revanche on veut s’assurer que le métier de journaliste soit défendu, c’est pour ça qu’on a trouvé un équilibre entre les deux. Nous renvoyons vers les sites.

Guillaume : Pour qu’ils puissent monétiser directement, plutôt que de garder pour vous les subsides. Si on fait un résumé des 5 piliers il faut : 

  • faire partie du carré pour avoir de la crédibilité sur la plateforme grâce à un système de points développé par vous
  • Le sourçage obligatoire des posts, les posts ne sont pas reconnus comme fiables s’ils ne sont pas sourcés
  • La pluralité des médias représentés est une garantie chez Kubiq
  • Des sentinelles font partie de la communauté
  • Un algorithme qui vient pondérer tout ça et aider les humains à garantir la fiabilité de l’information

C’est une proposition originale dans l’espace. Quelle communauté avez-vous réussi à rassembler depuis 2019 ?

Kevin : en termes de nombre ou en terme de public ?

Guillaume : il y a toujours une question qualitative et quantitative quand on parle de public : ce qui m’a frappé par exemple c’est que tu parlais de l’autodiscipline de la communauté donc manifestement, qualitativement il y a des gens qui trouvent un intérêt à être à la fois lecteur et producteur eux-même sur Kubiq. On va peut-être commencer par la quantité, et puis après on parlera du type d’utilisateurs …

Wafa : Actuellement la communauté compte plus de 500 personnes sur l’application Androïd.

Ce sont essentiellement des personnes intéressées par l’actualité et l’information, ainsi que des utilisateurs actifs récurrents. Ils peuvent être des journalistes ou des personnes qui veulent produire de l’information et informer les autres, sur l’actualité mais aussi sur leur thématique de prédilection. Kubiq News a plusieurs thèmes en fonction des préférences de chacun. Globalement, ce sont des personnes intéressées par l’actualité et l’information et d’autres qui veulent être dans la production et donner de l’information. 

Kevin : C’est une forme de niche, c’est pour ça qu’on a une communauté bien disciplinée. Nous avons des personnes qui veulent s’informer, et qui veulent aussi participer à informer la communauté, une fois qu’ils ont compris. Il y a un moment d’adaptation pour comprendre comment ce partage ce fait. Quand on constate que les membres ne mettent pas de source, on les contacte pour leur expliquer qu’il faut qu’ils en mettent une, mais ça arrive rarement. 

Wafa : Les gens sont assez disciplinés parce que la première fois qu’une personne publie, elle doit lire et accepter une charte qui dit ce que la personne doit respecter. Ensuite, elle suit la charte et tout se passe bien.

Kevin : On n’a jamais banni d’utilisateurs. Un membre de Kubiq News reste sur Kubiq News. S’il ne respecte pas la charte, il ne peut plus poster mais il peut encore lire, c’est un droit de lire l’information, on ne supprimera pas son compte. Il peut lire mais ne plus troller dans les commentaires.

La charte vise également à ce que les gens respectent les conditions de Google au niveau du Play Store -ils nous ont demandé à ce que ce soit écrit de façon explicite) notamment sur les discriminations, le harcèlement ; il n’y a pas que des choses concernant les news et l’actualité, mais aussi la discipline dans le réseau.

Guillaume : C’est une charte de bienséance que l’on retrouve souvent finalement fréquemment dans les applications. C’est simplement respecter l’autre …

Kevin : Il y a des commentaires, une messagerie sécurisée dans l’application donc ça créée des zones de risque notamment pour Google. Souvent les ingénieurs passent sur l’application pour voir si les gens respectent bien cela. 

Guillaume : Il paraît qu’Apple c’est pire … mais c’est pour le bien commun.

Vous avez l’air très motivés, on a commencé à parler de perspectives d’avenir avec le développement de l’application, votre modèle économique, le développement de tout un site internet, de la web app -soit un site internet qui ne nécessite pas de télécharger une application pour utiliser Kubiq

Wafa : Oui c’était l’objectif aussi. Si vous êtes sur iOS et que vous voulez voir les publications de Kubiq, vous allez sur la web app. C’est pour ouvrir à davantage de personnes, ce site internet.

Guillaume : Votre concept est bien défini, la machine a l’air huilée dans son fonctionnement, vous avez une communauté qui s’est approprié la plateforme … Ou sera Kubiq dans un an ?

Kevin : On espère avoir l’appli iOS parce qu’on traîne un peu des pieds et que la web app sera prête également. Une fois que les 3 sont disponibles, on pourra faire un peu de pédagogie, démarcher les collectivités, les associations qui souhaitent profiter de notre application et commencer à gagner un peu d’argent. Aujourd’hui on ne perd pas d’argent, Kubiq nous coûte 12 centimes par mois, c’est pour ça qu’on n’a aucun intérêt à mettre de la publicité : notre but c’est pas de nous faire de l’argent, c’est vraiment que les gens puissent gagner en qualité d’information. On veut que ce soit la communauté la mieux informée : les gens qui sont sur Kubiq, je n’ai aucun doute à dire que c’est la communauté la mieux informée. L’avantage aussi c’est que, moi qui multiplie les app, je veux pas que les gens aient à faire ça : je veux que les gens aillent sur Kubiq News qu’ils aient l’ensemble de la palette d’informations qui existe sur une seule application

Guillaume : modérée par la communauté des utilisateurs.

Nelly : Kevin, tu dis que tu n’es ni journaliste ni développeur et pourtant tu as une quantité d’applications impressionnante sur ton téléphone, avec des notifications tout le temps …  On parle de désinformation, mais aussi de désordre informationnel, d’infodémie … Comment gères-tu ça au quotidien, le fait d’avoir une application avec la communauté la mieux informée et toi d’avoir tout ce flux d’informations qui arrivent ?

Kevin : Je suis un cas particulier sur ça. Avant de lancer Kubiq News, personnellement j’ai expérimenté l’information de ce type sur Facebook car j’ai une communauté de 40 000 personnes qui me suivait sur Facebook, où je les informais, j’allais sur le terrain, je filmais en direct, etc. Après, je suis un geek un peu exacerbé, je suis un ancien hacker repenti et j’ai pas de problèmes avec la pollution. J’ai pas du tout de problématique de ce côté là à avoir à gérer une notification massive et à terme j’ai envie moi qu’il y ait du monde sur Kubiq News pour que j’aie plus à utiliser le reste. Je suis pas sur WhatsApp, je suis pas sur Facebook, je suis plus sur les réseaux sociaux classiques, je suis que sur Kubiq maintenant et c’est vrai que j’ai aucune difficulté. Wafa me connaît depuis longtemps maintenant et elle sait que de côté-là j’ai aucun problème. D’ailleurs je crois que personne ne répond plus vite aux messages que moi. 

Wafa : Malgré toutes les notifications qu’il a, il est toujours réactif pour ses messages !

Kevin : Même si j’ai mon travail à côté, je suis toujours en boîte mail 0, que ce soit sur ma boite pro, sur mon Gmail, je n’ai jamais de mail en attente … 

Wafa : J’ai même pas encore fini d’écrire mon message qu’il m’a déjà répondu !

Guillaume : C’est pas très représentatif de la moyenne de la population. D’ailleurs on ne l’a pas précisé mais l’application est concentrée sur le marché français pour le moment 

Kevin : Exactement. Notre marché c’est vraiment la France, mais notre application est développée en mode international : si quelqu’un s’inscrit aux Etats-Unis, il peut développer son réseau en anglais. L’application existe en anglais et en français, on va développer les autres langues, mais pour que ce soit bien recentré, on a fait le choix de la France.

Un petit point messagerie. Comme je suis développeur autodidacte, je me suis dit que j’allais développer quelque chose qui n’existe pas. Wafa faisait une boutade en disant que je répondais avant même qu’elle aie fini d’écrire le message parce que sur Kubiq quand vous m’écrivez, je vois ce que vous m’écrivez en temps réel avant de l’envoyer, ce qui me fait gagner du temps pour la réponse. C’est quelque chose qui n’existe pas ailleurs : je vois ce que vous êtes en train d’écrire en temps réel, avant même que vous ne l’ayiez envoyé. C’est réservé aux membres «blacks».

Guillaume : Donc ça c’est ça c’est pas la réputation qu’on change de statut, pas en payant ?

Kevin : Non on paie pas, que par la réputation

Guillaume : Ok donc pour l’instant, l’ équipe c’est vous deux, c’est Kevin et Wafa vous avez encore d’autres dans l’aventure ?

Kevin : On a d’autres amis.

Wafa : On était deux au départ donc pour cette initiative là et puis après on a intégré d’autres personnes notamment un développeur spécialement pour iOS : Abdou, qui est notre chef technique. Une autre personne pour tout ce qui est sécurité, on accorde beaucoup d’importance à la sécurité et une cinquième personne pour tout ce qui est data : base de données, gestion de la base de données, tout ce qui est data donc c’est important également aussi pour préservation des informations personnelles.

L'équipe de Kubiq News
L’équipe de Kubiq News – capture d’écran du site (27/09/21)

Kevin : On est une équipe de tech qui met la technologie au service de l’information finalement. Des tech qui mettent à disposition une plate-forme pour les journalistes pour les passionnés d’actualité

Guillaume : pour l’instant l’équipe suffit mais dans les 5 piliers qu’on a décrit dans podcast, il y a l’intervention humaine qui est quand même présente : celle de la communauté mais aussi la vôtre, et votre communauté de 500 utilisateurs. Et si tout d’un coup vous vous retrouvez à 100 000, 200 000, 1 million d’utilisateurs, comment vous allez pouvoir adapter l’échelle de ce qui est le plus difficile à faire évoluer, c’est-à-dire l’implication humaine ?

Kevin : Souhaitez-nous bon courage

Guillaume : on le fait

Wafa : Kevin ne dort plus

Kevin : Je suis content aujourd’hui. Le fait qu’il y aie pas énormément de monde permet de sécuriser les socles. De toutes façons l’application a été développée en mode scale, que ce soit sur le côté international, ou sur de la robustesse de l’infrastructure réseau. Même si nous les GAFAM ne sont pas notre tasse de thé aujourd’hui il est impossible de se dédouaner que ce soit de Google ou de Apple, ce sont les deux GAFAM dont on ne peut pas se séparer quand on est sur Android, quand on est sur un iPhone. Pour le reste on a réussi avec pas mal de difficulté à éviter tous les SDK (kits de développement d’application), notamment ceux d’Amazon et de Google qui sont très très présents, vraiment trop présents dans le monde des applications notamment sur les traqueurs, sur les bases de données etc … Aujourd’hui on utilise Firebase, parce que c’est pas cher, c’est Google qui a racheté cette start-up, qui fait de la base de données non SQL, qui est très très rapide, c’est pour ça que notre application est vraiment très fluide, et ça peut se mettre à l’échelle très très facilement.

Guillaume :  Là tu parles de techniques mais ce n’est pas ma question. Il y a de l’intervention humaine, et c’est ça qui est difficile à gérer, au augmenter en capacité. Des bases de données adaptatives on en trouve, la machine va faire le travail toute seule. Il y a une part de « si la communauté grandit, il y aura plus de membres « blacks » et d’administrateurs, qui pourront donner des points et faire monter en réputation des publications … » La rétribution pour eux c’est l’intérêt à faire partie de l’aventure, il n’y a pas de rémunération prévue pour eux. Il y a aussi une part dans l’équipe de Kubiq, vous avez un rôle, un peu éditorial quand même puisque vous définissez le système de notation … Vous avez anticipé que si le système de notation est bien fait, ça pourra tourner tout seul ? Ou il faudra embaucher plein de gens pour que ça puisse fonctionner avec 1 million d’utilisateurs ?

Kevin: On vit beaucoup au jour le jour avec Wafa, notre façon de vivre c’est « A life is a week ». On travaille vraiment semaine par semaine, depuis le début on a fonctionné comme ça. C’est vrai que j’ai beaucoup de difficulté à faire un réseau social alors que je suis pas développeur, si j’avais pas eu ce fonctionnement en mode agile, par semaine, je n’aurai jamais réussi à faire un réseau social sur Androïd tout seul.

Wafa: Oui effectivement c’est très évolutif, l’idée de départ qu’on a eu a évolué au jour le jour. On sait même pas où on sera dans un an puisque ça évolue tout le temps. On peut trouver une idée une semaine, changer complètement de direction etc. On vit au jour le jour, on verra, espérons qu’on aura 1 million d’utilisateurs, c’est le but aussi, mais on s’adaptera au moment venu puisqu’on travaille en mode agile.

Photo de Wikipedia

Kevin : Sur le modèle, on est un peu comme Wikipédia. On espère vraiment que sur le moyen ou long terme, il y aura une forme d’autonomie des membres qui seront en mesure de faire cette émulation comme moi je fais aujourd’hui à 90% ; ce pourcentage diminue d’ailleurs. Avant j’étais à 100 % là je suis à 85, 90, et plus le temps passe et puis en fait mon implication dans les posts, dans la sélection, dans les alertes, diminue. J’ai bon espoir qu’ avec le temps bah ça me prennent de moins en moins de temps bizarrement c’est ça le paradoxe. L’objectif c’est qu’il y aie plus de monde et que ça me prenne moins de temps, pareil pour Wafa. On a automatisé pas mal de choses dans cet objectif.