En 2025, l’Organisation internationale de la Francophonie a soutenu dix projets de jumelages d’initiatives francophones de lutte contre les désordres informationnels. ODIL a échangé avec les porteurs du projet « Lutter contre la désinformation : initiative pour une recherche au service de l’éducation aux médias en Belgique et au Cameroun ».
Se renforcer mutuellement pour mieux lutter contre les désordres informationnels : c’est l’objectif du projet « Lutter contre la désinformation : initiative pour une recherche au service de l’éducation aux médias en Belgique et au Cameroun », porté par le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Belgique), en partenariat avec Éduk-Média (Cameroun). Un objectif mené à bien grâce à la mise en place de formations mutuelles, au lancement de travaux de recherche et à la création de contenus informationnels, dans un contexte de crise post-électorale au Cameroun.
Pour en savoir plus sur ce projet lauréat de l’appel à projets de jumelages de l’Organisation internationale de la Francophonie, ODIL a échangé avec Clémence Buchet-Couzy, chargée de recherche au GRIP, et Fabrice Makem, consultant formateur en EMI et membre d’Éduk-Média.
En quoi consiste le projet ? À date, quels sont les résultats ?
Clémence Buchet-Couzy : Le GRIP avait déjà collaboré avec Blaise Pascal Andzongo, le président d’Éduk-Média au Cameroun. On s’est dit qu’on avait des compétences qui se complétaient bien et qu’on pouvait se former mutuellement. Le GRIP avait aussi beaucoup travaillé sur la désinformation en contexte de conflit armé, tandis qu’Éduk-Média s’est plutôt concentré sur les périodes électorales. L’idée est venue de travailler plus spécifiquement sur le contexte électoral camerounais. Le projet doit compter deux travaux de recherche, un webinaire de présentation, un podcast et des capsules vidéo.
En se connaissant avant le projet, on peut le co-construire et cheminer ensemble.
Fabrice Makem (Éduk-Média)
Fabrice Makem : Le GRIP est d’abord venu se former à Yaoundé pour s’imprégner de la réalité de la désinformation en Afrique. Le Cameroun était en pleine période électorale, ce qui en faisait un tremplin idéal pour cette formation-là. Le GRIP nous a donné par la suite une formation en conception et en montage de podcast en Belgique. Nous avions également l’idée d’amorcer le volet recherche à Éduk-Média : l’association mène des actions d’éducation aux médias depuis plusieurs années, mais on n’avait pas encore fait de véritable évaluation de l’impact de ces formations sur les comportements des uns et des autres. Et une très belle idée a été également d’impliquer l’ensemble des antennes d’Éduk-Média pour permettre une diffusion du podcast et des capsules vidéo à l’échelle de l’Afrique entière.
Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler ensemble ?
CBC : Blaise et Fabrice faisaient partie du vivier d’experts de l’Observatoire Boutros-Ghali et du projet REFFOP (Réseau d’expertise et de formation francophone sur les opérations de paix), un projet du GRIP également financé par l’OIF. Ma collègue Anne Xuan Nguyen, avec qui j’ai écrit une étude sur les désordres informationnels dans le contexte des opérations de paix, a remarqué leurs profils. Elle a profité d’un séjour de Blaise à Bruxelles pour le rencontrer et échanger sur les questions de désinformation et d’éducation aux médias. Et quand on a vu l’appel à projets de jumelages de l’OIF, on a immédiatement pensé à Éduk-Média et on a construit ensemble le projet.
FM : Il était aussi question à Éduk-Média de pouvoir intégrer les organisations internationales qui travaillent sur la désinformation. Cela nous pousse à nous enrichir et à en apprendre davantage, et c’est pourquoi nous avions postulé à ce vivier d’experts du GRIP. Les choses s’enchaînant les unes après les autres, on s’est retrouvés à construire ce projet et à le mettre en œuvre.

Avez-vous eu des difficultés pour mettre en œuvre ce projet ? Si oui, comment les avez-vous surmontées ?
CBC : Il fallait s’accorder, car on ne vient pas du même monde. Le GRIP gère aussi plusieurs projets en même temps. Nous avons été retardés par le départ de plusieurs collègues dans l’équipe du GRIP et par l’élection au Cameroun, même si elle constituait un terrain fertile d’études. On a aussi rencontré un problème de visa pour faire venir certaines personnes d’Éduk-Média en Belgique. Beaucoup de livrables sont arrivés en même temps, on va essayer de les décaler pour qu’ils soient les plus impactants possible.
FM : Au Cameroun, il y a eu des mouvements après les élections. Le climat était tendu, et la sécurité maximale, mais on a réussi à surmonter cela. En revanche, sur le plan organisationnel, ça a été compliqué, on a dû faire des ajustements. La question des visas était très importante : l’antenne du Togo n’a pas pu se déplacer en Belgique en raison d’une demande qui n’a pas pu aboutir, mais elle a pu participer à la réalisation du podcast en ligne.
Ce qui est très fructueux, c’est la complémentarité entre nos deux équipes.
Clémence Buchet-Couzy (GRIP)
Quels conseils donneriez-vous aux organismes qui voudraient participer à l’Appel à projets ?
CBC : C’était bien qu’on se connaisse un peu avant de construire ce projet. Ce qui est très fructueux, c’est la complémentarité entre nos deux équipes. Les deux organisations étaient preneuses d’apprendre l’une de l’autre sur les sujets de fond et sur les compétences en recherche, en podcast et en communication. C’est aussi important de communiquer beaucoup, d’organiser des réunions assez régulièrement. Co-construire le projet prend du temps : dans notre cas, il aurait fallu le faire plus en amont et être un peu moins ambitieux au niveau du calendrier pour qu’il soit réaliste par rapport au temps que ça peut prendre. Certaines choses ne sont pas anticipables, comme les arrêts maladie ou les résultats d’élections. Il faut avoir des plans B, des alternatives.
FM : On a une boucle de mails qui circule constamment, pour se prévenir quand quelqu’un part en congés. Ça facilite également les échanges et ça diminue beaucoup d’inattendus. En se connaissant avant le projet, on peut le co-construire et poser chacun ses briques pour cheminer ensemble et aboutir à quelque chose. À ceux qui souhaiteraient postuler : pensez à des initiatives larges et à fort impact sur le terrain.
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